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A Belfort, Jacques Toussaint, 25 ans, exerce un métier rare et énigmatique : il est facteur d’instruments, l’autre nom donné au luthier, cet artisan qui fabrique et restaure généralement des violons…
« Mais on a mis beaucoup de choses sous ce nom » corrige Jacques Toussaint, « moi je suis luthier du quatuor. » Le quatuor regroupe le violon, le violoncelle, l’alto et la contrebasse.
Plus qu’une vocation, ce métier est un sacerdoce. Pour ce jeune Belfortain, « il réunit trois passions : le travail manuel, le bois et la musique. »
L’histoire d’une vocation peu courante…
« J’ai toujours voulu travailler dans le bois. Être ébéniste ou charpentier », explique ce Franc-Comtois. « En même temps, je voulais faire de la musique... »
Si « pour d’autres, c’est en entrant dans un atelier de luthier, moi la vocation m’est venue au premier cours de violon » raconte Jacques. « Si tu veux jouer du violon, tu dois savoir comment l’instrument est conçu » lui avait dit son professeur alors qu’il était encore adolescent.
Il décide alors de tenter les concours d’entrée à l’école nationale de lutherie. Sélectionné parmi 180 candidats pour 7 places, il y restera six ans.
À sa sortie, il ne perd pas une minute pour exercer ses talents : « J’ai travaillé à Bâle, dans un grand magasin de musique. [...] J’ai ensuite travaillé un an pour un luthier à Angey (50). Puis un an à Barcelone chez Xavier Vidal Roca. Un pionnier en Espagne. »
« Après être parti une dizaine d’années, j’ai souhaité revenir à Belfort », explique Jacques qui y a ouvert son atelier en octobre 2008. Avec pour seule décoration une table de travail, une lampe, deux ou trois instruments et une armoire de rangement, il « fabrique, répare, restaure, loue et vends des violoncelles, altos et contrebasses. »
Une activité qui exige une connaissance aiguë des bois, facteur déterminant pour la qualité sonore de l’instrument, et de la patience : « Il faut un mois pour fabriquer un violon mais seulement la structure en bois. Ensuite il faut le vernir, couche par couche en laissant sécher chaque couche avant d’en passer une autre. » Des pièces d’une qualité exceptionnelle, « un violon fabriqué sur mesure se vend entre 10 000 et 12 000 euros. Pour un violoncelle, il faut compter 15 000 euros. »
« La restauration, c’est de la réparation de haut vol, sourit Jacques Toussaint. Il faut par exemple adapter un nouveau manche au violon tout en gardant la tête d’origine. On appelle ça l’enture. »
Ce qui ne l’empêche pas de commencer à constituer son stock : « J’en fabrique d’avance pour que les gens essaient. Car ce qu’ils veulent tester avant tout, c’est le son », souligne ce professionnel franc-comtois.
Jacques Toussaint imagine l’avenir : « j’ai de l’ambition et d’ici quelques années, j’espère m’agrandir et ouvrir un département guitares… »
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